Unification d'un continent de Paris à Budapest
"Ce qui distingue les nations, ce n'est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cur qu'ils sont un même peuple lorsqu'ils ont une communauté d'idées, d'intérêts, d'affections de souvenirs et d'espérances"
(Fustel de Coulanges)
Cette phrase définissant l'âme des nations peut être transposée au niveau de l'Union. Une Union qui se construit à l'échelle d'un continent à partir d'une mosaïque de pays qui n'ont en commun que le désir de vivre ensemble. Nous sommes à la veille de l'élargissement. Il est temps de découvrir les pays qui se joignent à nous.
Dans le cadre de l'année de la Hongrie dont on fête le millénaire, le Comité Européen Marseille avait choisi le thème de l'élargissement avec un exemple: la Hongrie. L'espace mis à la disposition par la Caisse d'Epargne de l'Ecureuil était le lieu idéal. La conférence s'inscrivait dans la saison sur la Hongrie présentée par l'Espace Ecureuil dans le cadre de l'exposition du peintre Hongrois Franyo AATOTH.
Les tableaux sur fond rouge de petits chevaux mongols qui traversent les steppes de l'Asie rappelant les chevauchées des Huns ou le portrait du roi à la couronne surmontée d'une croix, constituaient l'atmosphère idéale pour visualiser la rencontre de l'Orient avec l'Occident, et raconter la prodigieuse aventure de "l'Unification d'un continent de Paris à Budapest."
L'UE s'accroît sans cesse, non par un esprit de conquête ou de colonisation, mais par la simple volonté de marcher main dans la main avec des pays aux destins tragiquement opposés dans le passé.
C'est avec son cur et avec toute la compétence que requièrent ses activités que Madame Christine DE TOTH, conseillère technique en art dramatique au Ministère de la jeunesse et des sports, chargée de cours à l'Université de Nice-Sophia-Antipolis, experte pour les échanges universitaires de l'UE vers la nouvelle Europe, nous a conduit vers ce pays qui va se joindre au destin de l'Union.
Revenant du Vatican où elle avait participé à la mise en place de la célébration du millénaire de la Hongrie "Hungariae Christinae Millenium", elle nous a fait pénétrer dans la patrie des fiers magyars en rappelant les vertus d'honneur du roi fondateur Saint-Etienne. Elle a défini l'identité européenne de ce pays traversé par toutes les bourrasques de l'histoire mais sauvegardant toujours sa langue et son caractère, ouvert aux étrangers, sources de richesses commerciales culturelles et humaines. Un pays européen en somme.
Avant de lui céder la parole Madame Monique BELTRAME a rappelé l'évolution historique et unique de ce continent en marche vers son unification.
L'UE s'accroît sans cesse non par un esprit de conquête ou de colonisation mais par la simple volonté de marcher main dans la main avec des pays aux destins tragiquement opposés dans le passé. De Paris à Budapest.
" Nous avons gagné la guerre mais nous avons perdu la paix ". C'est à Paris que s'allumera la flamme de l'espoir. Un 9 mai 1950
C'est bien à Paris que commence l'histoire de la Hongrie telle qu'elle apparaît dans ses frontières actuelles. En effet c'est à Paris qu'a été signé 1920 le fameux traité de Trianon qui a laissé un souvenir douloureux aux Hongrois qui ont vu leur pays tronqué des deux tiers de son territoire. "
"Nous avons gagné la guerre nous avons perdu la paix" déplore Jean Monnet au lendemain de la Première Guerre mondiale. Trois empires se sont fracassés dans l'enfer des tranchées et en particulier l'empire danubien millénaire qui englobait la Mitteleuropa. Les Habsbourgs avaient réussi à établir un lien, certes de domination, mais aussi de cohabitation entre les nations les plus diverses, les plus vives, les plus colorées dans leurs particularismes et leur identité, qui avait appris à vivre ensemble sous le regard paternaliste de l'empereur.
De l'effritement de cet empire naîtra un chaos économique, social et politique, où des millions d'individus auront perdu leur patrie, leurs attaches et leurs moyens de survie. Sinon la vie. Le fascisme prendra pied dans cette misère économique et morale et embrasera l'Europe toute entière. C'est la Deuxième Guerre mondiale au cours de laquelle l'Europe aura tout perdu.
C'est à Paris que s'allumera la flamme de l'espoir, un certain 9 mai 1950, avec la Déclaration de Robert Schuman, l'acte fondateur de la construction européenne.
Soudain à la radio, redevenue libre un bref instant, une voix s'exclame en français: " Nous allons tous mourir. Vive la Hongrie ! Vive l'Europe !"
La Hongrie est lointaine derrière le rideau de fer dont les fils de fers barbelés tranchent le continent en deux. Il est urgent de construire l'Europe. Le rideau de fer est tombé. L'URSS gèle la moitié de l'Europe sous le glacis communiste. Ce qui reste d'Europe est morcelé par les frontières d'avant guerre. Les mêmes difficultés surgissent, les mêmes dangers la menacent.
Les conditions d'élargissement sont intrinsèques à la Déclaration de Robert Schuman qui stipule que la première Communauté Européenne sera ouverte à tous les pays démocratiques européens afin de construire la paix et la prospérité.
En 1956, la Hongrie, premier pays satellite, tente dramatiquement de secouer le joug. Lorsque les chars russes, à l'aube du 4 novembre, entrent dans Budapest, les dernières paroles proclamées à la radio par des étudiants hongrois, seront les suivantes et en français": Nous allons tous mourir. Vive la Hongrie. Vive l'Europe ! "
Oui, c'est cette Europe qui cherche à se construire de l'autre côté du rideau de fer qui doit réussir pour que l'autre survive et qui va malgré elle devenir un phare, une espérance pour ceux qui n'auront pas connu le bonheur de la libération et les forces créatrices de la démocratie.
" Tout Etat européen peut demander à devenir membre de l'Union "
Les Traités de Rome reprennent l'esprit de la Déclaration de Robert Schuman. Un article prévoit l'adhésion des autres pays européens dans une clause reprise dans l'article 49 du Traité d'Amsterdam : "Tout Etat européen peut demander à devenir membre de l'Union "
L'Etat demandeur adresse sa demande au Conseil, lequel se prononce à l'unanimité après avoir consulté la Commission et après avis conforme du Parlement européen qui se prononce à la majorité absolue des membres qui le composent ".
La vocation de l'Union est bien d'accueillir. Les deux moitiés de continents incarnent deux mondes idéologiques diamètralement opposés, mais à l'époque rien ne les relie, sinon que la peur - et que la guerre froide ne dégénère
Le fossé se creuse. Mais de l'autre côté du rideau de fer, la construction européenne se poursuit, ajoutant des Etats membres. Cette pointe extrême du continent que représente l'Europe occidentale, sera une lueur d'espoir pour les pays européens dans l'empire soviétique. Et c'est encore de Paris que partira le signal : hasard, coïncidence ou évolution de l'histoire en marche
Nous voici en 1989 : c'est le flamboiement du bicentenaire de la Révolution Franaise. La fête de la liberté. Elle coïncide avec l'arrivée au pouvoir d'un homme courageux, dont l'Europe retiendra le nom, Michaïl Gorbatchov, et soudainement, l'espoir, qui n'était alors qu'une lueur, s'enfle, s'enflamme, s'embrase, devient réalité. C'est de la Hongrie que part le mouvement.
9 novembre 1989
Lorqu'une maille file c'est tout l'ouvrage qui se défait ! L'empire soviétique s'effondre. Les deux Europe peuvent enfin se rejoindre
Depuis quelques années déjà, elle s'est engagée dans une libéralisation en douceur. Ce que les "soviétologues" n'avaient pas du tout prévu, c'est la rapiditité de la désintégration du bloc soviétique, son éclatement. Lorsqu'une maille file c'est tout l'ouvrage qui se défait. Les hongrois avait assoupli le passage à l'Ouest. Les Allemands de l'Est comprennent alors que rien ne leur interdit de passer leurs vacances au pays de Bartok De là de passer tranquillement en Autriche puis en RFA. Et voilà le mur de Berlin contourné !
Un grand exode massif commence. "Gorbi" refuse d'intervenir et de secourir Honecker. L'évènement capital sera la chute du mur de Berlin dans un climat de fête surréaliste et onirique, le 9 novembre 1989. Les deux Europe peuvent enfin se rejoindre.
Un nouvel avenir pour l'Europe. Et pour le continent
Ainsi, un demi siècle après la Déclaration de Robert Schuman, se dessine l'avenir d'une Europe unie, à l'échelle du continent, ce qui historiquement n'a jamais existé. Sur quels piliers ? Quel est le socle même sur lequel repose cette Europe en gestation ? Ses piliers ne sont pas ceux, éphémères, des grands conquérants, mais ceux d'une Europe libre, cimentées par le consentement de ses composantes telles que l'histoire nous les a léguées, une Europe respectueuse de sa propre diversité culturelle, source de la fraternité. Le socle même de sa construction.
L'Europe est la résultante d'une tension entre un présent, un vouloir vivre ensemble à inventer, à créer et un passé qui fonctionne comme un gisement de souvenirs communs à interpréter ou à réinterpréter continuellement. Elle est le fruit d'une construction inachevée qui doit se doter de moyens pour assurer sa pérennité et s'affirmer dans le monde. L'Europe s'unifie à l'échelle d'un continent qui n'a encore jamais été unifié.
La conférence débat : "Unification d'un continent " s'est déroulée à l'Espace Ecureuil, 26 rue Montgrand, 13006 Marseille, mardi 6 novembre 2001 avec la participation de Mme Christine de Toth. Elle a débuté à 18 heures et s'est poursuivie par des débats avec des participants passionnés jusqu'à 20 heures 15 et s'est prolongée par un dîner offert par le Bureau en l'honneur de leur hôte.
Réception du Président hongrois par le Président de la République française
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