CANCUN : EUROPE ET USA AU PIED DU MUR

 

Par Philippe LEGER
Secrétaire Général du Comité Européen Marseille

 

Le monde demande de l’organisation, de l’équilibre et de la justice. L’Organisation Mondiale du Commerce est l’enceinte qui a pour vocation de maîtriser et réguler la mondialisation. Une mondialisation qui doit s’appuyer sur une organisation multipolaire que seule la voie multilatérale autorise. C’est-à-dire la participation de tous au débat mondial. C’est aussi la seule manière de tourner le dos à la guerre est de permettre les échanges, la coopération et le travail en commun.

L’OMC : une organisation multipolaire qui entend maîtriser et réguler la mondialisation par la voie multilatérale

 

La 5e conférence ministérielle de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) se déroulera à Cancun, Mexique, du 10 au 14 septembre 2003.
Les ministres du commerce des 146 pays membres de l'OMC dresseront un bilan à mi-parcours sur le cycle de négociations multilatérales lancé en 2001 à Doha (Qatar), dont l'objectif reste d'abaisser les entraves aux échanges mondiaux, notamment dans le domaine agricole.
Le cycle de Doha, qualifié de "cycle de développement" (en faveur des pays du Sud), doit s'achever fin 2004.
À l'ordre du jour : "décisions sur les modalités des négociations sur investissement, concurrence, facilitation du commerce et transparence dans les marchés publics."

La Chine participera pour la première fois de son histoire à une conférence de l'OMC de cette importance puisqu'elle est devenue le 143ème membre de l'OMC le 11 décembre 2001. Avec sa population de 1,2 milliard d'habitants, et son poids grandissant dans les échanges commerciaux, l'entrée du géant chinois peut profondément modifier les règles du jeu.

Lors de la conférence de Doha, Taïwan a également été admis à l'OMC, à compter du 1er janvier 2002.

La Commission européenne négociera pour les Quinze

Les pays de l'Union européenne ont décidé de confier à la Commission européenne le rôle de négociateur auprès de l'OMC. Le Parlement européen a approuvé les positions de négociation de la Commission pour Cancun dans leur totalité, à la fois sur l'accès au marché et le mécanisme décisionnel. C'est le commissaire européen au Commerce, le Français Pascal Lamy, qui représentera les 15 Etats membres de l’Union européenne, et les 10 futurs adhérents, " pour défendre nos intérêts et notre vision de la mondialisation, maîtrisée et encadrée par des règles du jeu identiques pour tous. " Fil rouge du cycle de Doha à chaque partie du programme de négociations  ? " L'intégration des pays en développement dans le système commercial international. C’est une priorité " a assuré M. Pascal Lamy.

 

Nord-Sud : Lever les obstacles au développement des échanges

Un cycle est une véritable foire où tout ce qui fait obstacle aux échanges est jeté sur la table de négociation par les pays qui le désirent. On peut discuter de tout : bioéthique, OGM, brevets, culture du soja, étiquetage, traçabilité, médicaments, tarifs douaniers, taxes, média, culture etc. Une pratique qui fait bondir les anti-mondialistes. Le cycle de Doha, d’une manière plus générale, a pour ambition de lever les obstacles au développement des échanges entre Nord et Sud.

Les Américains ont mis de l’eau dans leur whisky, depuis l’échec retentissant de la conférence de Seattle en 1999, sur le cycle pompeusement baptisé " Cycle du millénaire. " Un échec dû à leur obstination à faire disparaître les soutiens de l’Europe à ses exportations tout en protégeant les leurs.

Une erreur qui se ne renouvellera pas à Cancun. Il y a un mois à Genève, les Etats-Unis et les quinze pays de l'Union européenne se sont mis d’accord pour faire une proposition commune à leurs partenaires de l'OMC qui porte sur les subventions tant intérieures qu'à l'exportation ainsi que sur les tarifs douaniers. Cela suffira-t-il comme base pour assurer le succès de Cancun ?

Le cycle de Doha a pour ambition de lever les obstacles au développement des échanges entre pays en développement et industrialisés. Les pays du Sud ont accepté des normes contraignantes et se plaignent de ne pas avoir été payé en retour par le Nord qui ne leur pas ouvert ses marchés.

Autre préoccupation très importante manifestée par les pays du Sud à Doha, les traitements contre le sida et autres maladies, en d'autres termes le marché du médicament. À Doha, ils ont réussi à arracher des concessions aux pays industrialisés. À imposer à l'industrie pharmaceutique suisse et américaine une interprétation plus souple de l'accord sur la propriété intellectuelle, consacrant l'accès universel aux médicaments et autorisant les pays en développement à suspendre un brevet sur un médicament générique en cas d'urgence sanitaire. Le texte a fait l'objet d'un communiqué spécifique, que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié d'"accord historique".

Cet accord "historique" facilite-t-il la lutte contre le sida et des maladies redoutables comme le paludisme ? Voilà encore une question qui sera probablement examinée à Cancun.

Enfin, concernant l'articulation entre commerce et environnement, défendue par l'Europe, l'OMC a ouvert des négociations qui ne s'imposeront pas aux pays non-signataires des accords sur l'environnement, tels les Etats-Unis non-signataires du Protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique. C’est un dossier particulièrement chaud sur lequel les alter et anti-mondialistes ont promis "de souffler puissamment pour en chauffer les braises à blanc"

 

M. Pascal Lamy : " L’Union européenne veut favoriser une ouverture équitable des échanges agricoles"

L’Europe, qui possède le système de protection sociale le plus élaboré du monde, ne veut pas que le développement des échanges soit accompagné d’un dumping social au détriment des droits fondamentaux des enfants et de la personne. Elle veut que la fonction sociale ou environnementale de l’agriculture soit prise en compte et n’est pas prête à faire toutes les concessions. Pour les Européens, le développement des échanges doit être source de progrès social.

L’Union européenne a fait savoir par la voix de M. Pascal Lamy " qu’elle propose de réduire ses droits de douane de 36%, d’abaisser les subventions aux exportations de 45% et de diminuer les aides qui perturbent les échanges de plus de 55% !

Le commissaire européen au Commerce extérieur a rappelé la récente réforme de la politique agricole commune qui va dans le même sens : " elle permet de continuer à soutenir l’agriculture tout en perturbant moins les échanges. L’UE peut se targuer auprès de ses camarades à l’OMC d’avoir fait son devoir pour réduire l’impact des subventions sur une concurrence loyale. Elle peut sans rougir défendre ses priorités : enjoindre les autres à la même discipline et promouvoir les produits européens de qualité grâce aux indications géographiques ". Le commissaire a conclu : " A nos partenaires maintenant, et je pense évidemment aux Etats-Unis et aux autres gros exportateurs — dont l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada — de montrer jusqu’où ils sont prêts à aller pour favoriser une ouverture équitable des échanges agricoles, qui prennent en compte les besoins particuliers des pays en développement. Nos concessions dépendront des leurs. Nous en définirons les modalités à Cancun… " En bref, les pays du Sud commenceront à y voir plus clair sur leur sort à l’issue des négociations menées entre pays du Nord.. L’équité profitera-t-elle aussi aux pays du Sud ?

 

Alter et anti-mondialistes craignent un cycle de paupérisation pour le Sud

En marge de la conférence de Cancun, les anti-mondialistes seront aussi de la partie. Le syndicaliste paysan José Bové " a promis d'être sur place et pris le pari de mettre en échec l'OMC ". Promesse non tenue, la justice lui a refusé la sortie du territoire. On peut parier sans risque qu'il perdra aussi son pari de renverser l'OMC. Les anti-mondialistes reprochent aux USA et à l'UE " d'avoir conduit l'agriculture d'un pays comme l'Argentine à la ruine avec des politiques de subventions qui faussent la concurrence sur le marché international. Une politique qui impose aussi à l’Argentine de cultiver des OGM pour nourrir le bétail des pays nantis tandis que sa population crie famine ". Il est vrai que, d’après les calculs des pays en voie de développement, les subventions à l'agriculture dépassent 300 milliards de dollars aux Etats-Unis et dans l'Union européenne. Leur existence empêche toute possibilité de concurrence équitable sur le marché mondial. " Le cycle de Doha aggrave tout particulièrement le pillage et la paupérisation des pays du Sud. "  Enfin, toujours selon les anti-mondialistes, " le droit des entreprises transnationales se forme à l’OMC au détriment des salariés, des paysans, des droits sociaux, de la démocratie, des services publics, de la culture et de l'environnement." Les anti-mondialistes n’acceptent pas que la vie sociale, culturelle et l'environnement soient soumis aux lois du commerce. Les critiques paraissent pertinentes. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l'eau de la baignoire ?

Greenpeace, WWF, un très grand nombre d'ONG et d'organisations " altermondialistes " comme ATTAC seront aussi sur place "pour faire entendre la voix des citoyens". ATTAC dénonce "la poursuite de ce cycle commencé à Doha qui aggraverait tout particulièrement le pillage et la paupérisation des pays du Sud et entend faire pression sur les gouvernements et les entreprises afin qu’ils modifient les politiques qui maintiennent les gens dans un état de pauvreté". On compte parmi eurx 29 PMA (Pays les Moins Avancés) dont les habitants vivent avec moins de deux euros par jour. Il faut quand même dire que les PMA représentent une préoccupation constante pour tous les dirigeants européens, notamment au sein de la Commission (Cf.livre Pascal Lamy : "L'Europe en première ligne.") Contrairement aux anti-mondialistes, qui réclament à cor et à cri la disparition de l'OMC, les altermondialistes ne remettent pas fondamentalement en cause l’utilité de cette jeune institution (elle a été créée en 1995), mais combattent "le libéralisme effréné" qui, selon eux, sous-tend son action. En fait, on peut se demander si le versement de 300 milliards de dollars de subvention à l’agriculture ressort vraiment du libéralisme économique…

L’OMC : une organisation irremplaçable
La conférence ministérielle de Cancun manifestera, une fois de plus, toutes les contradictions et toutes les tensions d'un monde en interdépendance grandissante, d'un monde où les conflits commerciaux se multiplient, tant entre les grandes puissances, bloc européen contre bloc américain, qu'entre pays du Nord et pays du Sud. Le but de l'OMC n'est pas de faire entériner cet état du monde, mais de s'en dégager, non par la violence et la force armée, mais par la négociation, la prise en compte des problèmes rencontrés par les populations des pays partenaires, par le droit. Même si elle reste le lieu de toutes les contradictions, l'OMC dispose d'un vaste champ de compétences, d'esprits remarquables et demeure une organisation irremplaçable.

L'échec de Cancun: Pour exporter des produits et services à haute valeur ajoutée, l'Union Européenne a besoin de pays du Sud développés. Pas de pays affamés aux campagnes dévastées par le dumping du Nord . Pour en savoir plus, activer le lien suivant

VIDEOS (médiathèque CE)

DEVELOPPEMENT

Lutte contre la pauvreté

18:19

ECONOMIE & FINANCES

Bienvenue à l'euro

18:53

CONCURRENCE

Concurrence équitable en Europe

16:28

ENTREPRISE

l'UE et le commerce

18:19

ENVIRONNEMENT

Notre planète, notre maison

03:42

Documents pédagogiques, audiovisuels :
Médiathèque de la Commission européenne

 

 

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