L'Union Européenne et les pays riverains de la Méditerranée ont fait le pari de la paix
L'utopie euro-méditerranéenne
En décidant d'une zone de libre échange pour 2010, rives Sud et Nord du Bassin méditerranéen entendent relever les défis de la mondialisation et des différentiels démographiques
Il ne s'agit pas de transformer l'Europe en forteresse, ni de l'ouvrir à une démographique galopante qui aurait tôt fait de couler le navire. Mais d'aider les pays de la rive sud à créer leur marché commun et à entrer dans une spirale de progrès économique, social et politique. Pour cette raison, l'Union européenne s'active à conclure avec chaque pays de la rive sud des accords d'association qui permettent d'amorcer la pompe du développement et de créer, à l'horizon 2010, une zone de libre échange. Et de faire du Bassin méditerranéen un havre de paix, de sécurité et de coopération, fondée sur la communauté d'intérêts et un partenariat mutuellement avantageux
Par Philippe LEGER
secrétaire général du Comité Européen Marseille
L'ENTENTE entre les rives sud et nord du Bassin méditerranéen, si elle réussit, pourrait servir de référence à un monde surpeuplé, instable et dangereux. Et permettre à l'humanité de découvrir une nouvelle approche de la résolution de ses problèmes. Non plus par la confrontation, la violence, la terreur, l'abaissement de l'autre, les industries de la mort, mais le reconnaissance de l'autre et son droit à une vie digne, le dialogue, la mise en commun des ressources et les échanges. C'est parce qu'ils sont conscients de leurs responsabiltés quant à l'avenir des hommes et des femmes de la Méditerranée, que des dirigeants des Etats des rives nord et sud qui participent au forum de Barcelone ont engagé le pari de l'Euro-Méditerranée. Ils ont parié, non sur la guerre, mais sur la paix (civile et entre les nations), sur les formidables changements d'attitudes qu'elle exige de la part de tous pour résoudre les problèmes. Et susciter un renouveau de la civilisation.
Dans l'Antiquité, les Romains s'étaient appropriés la Méditerranée et l'avaient qualifiée de "mare nostrum", "notre mer". Le monde méditerranéen se confondait alors avec ce monde romain, à vocation universelle, qui avait établi son hégémonie sur les deux rives. L'expression "Pax romana" ne doit pas faire illusion . Nous avons connu deux millénaires de guerres incessantes.
Forgées dans le feu terrible des épreuves du 20ème siècle, dans les soubressauts effrayants de l'agonie du vieux monde, nos valeurs en Europe ont évolué, notre conception des relations internationales aussi : sur la rive nord du Bassin méditerranéen, les citoyens des Etats nations deviennent de plus en plus des citoyens européens et, lorqu'ils tournent leurs regard vers la grande bleue, au carrefour de trois continents, ce n'est plus pour évoquer le "mare nostrum" des Anciens, mais la "mater nostra", "notre mère commune", celle qui a accouché de trois civilisations et de trois religions monothéistes.
Aujourd'hui, en paix avec nous-mêmes, nous mesurons davantage les enjeux, les donnés et les implications de cette région du monde toujours en proie à de cruels conflits, récurrents et multimillénaires.
D'autres chiffres révèlent l'ampleur d'un problème crucial : une vingtaine de pays bordent les deux rives du Bassin méditerranéen. La rive nord en compte quatre, membres de l'Union européenne, soit 165 millions d'habitants qui disposent d'un revenu moyen de 19 000 euros par an. Côté sud : 235 millions d'habitants; un revenu moyen de 1 900 euros. Dix fois moins ! Vers l'an 2025, c'est à dire dans une génération, la population des quatre pays de la rive nord va s'accroître de 5 millions d'habitants ; celle de la rive sud de 165 millions ! L'écart entre les niveaux risque fort de s'amplifier, de devenir démentiel. La démographie de la rive sud galoppe de façon exponentielle. Et la croissance des PNB ne tient pas la comparaison. Il ne faut pas attendre que cette démographie - et les problèmes qu'elle induit - prenne des proportions catastrophiques pour réagir.
Pour surmonter leurs divergences, leurs peurs et leurs haines hériditaires, les Européens ont appris à mettre en commun leurs ressources et échanger leurs productions. Pas de prospérité sans échanges. Pas d'échanges sans libertés de circulation pour les hommes, pour les idées, les marchandises, les capitaux et les services. C'est la recette du succès de l'Union européenne. Les pays riverains et ceux de l'UE ont adopté en 1995 la "Déclaration de Barcelone", acte fondateur de la Méditerranée du XXIe siècle, et engagé le processus euro-méditerranéen. Les Européens tendent leurs mains pour former avec celles des citoyens de la rive sud, un pont fraternel et chaleureux, pour amorcer une coopération euro-méditerranéenne tous azimuts. Car notre "mère commune" recèle encore un extraordinaire potentiel pour relever les défis pressants auxquels les peuples des deux rives sont confrontés avec la mondialisation.
NB : C'est pour évoquer cette espérance et ces défis que le Comité Européen Marseille a organisé lundi 10 mars à 18 heures, à l'Espace Ecureuil -26 rue Mongrand, une table ronde - "Le monde méditerranéen : enjeu majeur pour l'Europe". Avec MM Christian Graef, ambassadeur de France ; Jean-Robert Henry, directeur de recherches à l'Institut de Recherches et d'Etudes sur le Monde Arabe et Musulman) à Aix-en-Provence ; M. Gérard Groc, chargé de recherches au CNRS, spécialiste de la Turquie.
Lire le compte rendu de la table ronde
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