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L'Europe et le Moyen Orient

Palestine - Israël : le « Groupe d'Aix » propose la construction européenne comme modèle pour le règlement du conflit

« L’Union européenne, classée premier donateur au monde pour les projets économiques au Proche-Orient, s’emploie à être un facteur d’échanges et de paix pouvant mener à la démocratie. » C'est une évidence pour le « Groupe d'Aix », des économistes qui planchent sous la présidence du professeur Gilbert Benhayoun pour rapprocher Palestiens et Israéliens. Le Groupe d'Aix place l’économie au centre des discussions entre Israéliens, Palestiniens, Banque mondiale, chefs d’entreprises et Union européenne. Le Comité Européen Marseille a cherché en savoir plus en invitant Gilbert Benhayoun à une conférence, suivi d'un débat à la cité des associations de Marseille, le 22 mars 2006.

Les accords d’Oslo sont incomplets et créateurs de méfiance car construits sur « l’ambiguïté constructive » et le « gradualisme » . Le gradualisme ou « backward engeneering US » définit d'abord le statut (permanent) après la paix ; avec cette technique de négociation, on part de la fin (on s'est mis d'accord sur ce qu'on veut réaliser), puis on marche à rebours, en s'efforçant de résoudre les problèmes, étape par étape. Inconvénient : on fait l'impasse sur les questions difficiles : réfugiés, Jérusalem, frontières...

Les accords d’Oslo ont échoué car ils ne laissent aucune place à l’économie

Peut-on envisager le développement « sécuritaire » sans développement économique, sans la prise en compte des problèmes de développement ? Les accords d'Oslo ont échoué car ils ne laissent aucune place à l'économique. « Palestiniens et Israéliens ne pourraient-ils pas prendre modèle sur l’Europe, pour créer une économie de flux et sceller leur réconciliation ? », s'interroge le Groupe d'Aix.

La feuille de route économique

Depuis près de 5 ans, le groupe d’Aix (séminaire de travail entre économistes palestiniens, israéliens et internationaux) privilégie l'économie comme vecteur de paix.

Ce groupe informel (Track two), composé de personnes hautement placées mais travaillant à titre personnel, ne représente aucune prise de position légale et applique la règle de CHATHAM (ce qui se dit dans le groupe reste dans le groupe). Il accompagne discrètement le groupe chargé de la négociation (Track one). Il est de notoriété publique que le groupe d’Aix est là et que tout remonte vers lui.

Sa réussite est basée sur 4 critères :

aucune publicité,

des interlocuteurs qualifiés,

le maintient du calendrier de travail

ainsi qu’un climat de confiance.

Il a produit un document, « la feuille de route économique » co-signé par la Commission Européenne et l’Etat d’Israël, très discuté à la Banque Mondiale, qui représente un travail remarquable très important pour le désengagement de Gaza et qui permettrait de remanier le problème si la négociation venait à démarrer. Ce groupe de travail d’experts a le respect de tous les décideurs de la communauté internationale et a donc sa place, toute sa place, dans le processus de paix.

Désaccord sur l'ordre des priorités : paix, sécurité, développement économique...
contre chômage, occupation, réforme, paix

La position israélienne est constante. « Seule la signature de la paix, qui donne la sécurité, pourra amener le développement économique. » La sécurité donne la paix...qui donne le développement économique. La thèse israélienne ne mésestime pas l'importance de l’économie mais la passe néanmoins au second plan. Comprenez : c'est à Israël seul de résoudre le problème palestinien, donc sans intervention d’une partie tierce.

Les Palestiniens rétorquent : « Cessez l’occupation et nous engagerons les négociations. » Comment en effet peut-on faire passer au premier plan la résolution des problèmes économiques et sociaux dans un climat constant d'hostilité et de défiance.

Désaccord de séquence : processus avant contenu contre contenu avant processus

« Donner les solutions mais pas ne pas dire comment on négocie revient à traiter le processus avant le contenu » (dixit : Groupe de Genève). Le désaccord Palestinien est sur le processus, pas sur le contenu. Le désaccord Israélien est sur le contenu, pas sur le processus. Les craintes Israéliennes sont que l’accord provisoire devienne définitif et tout accord définitif ne soit qu’un accord provisoire. Donc autant ne rien donner du tout dès maintenant. Si vous voulez négocier, devenir un partenaire, commencez par démanteler les infrastructures de la violence.

Le drame du Moyen-Orient provient du fait que tout le monde a raison.

Solution rapide au conflit ou risque d’effondrement de l’économie palestinienne

Les donateurs qui fournissent l’aide permanente, l’aide au déficit budgétaire, l’aide au développement économique, l’aide à la démocratisation et à la gouvernance sont fatigués.

La réduction sensible de cette aide internationale, l’entrave au mouvement des marchandises, les obstacles aux déplacements des personnes, sont des facteurs de risque d’effondrement de l’économie palestinienne.

Le conflit est l’excuse et pas la cause

Il faut donc résoudre rapidement ce conflit (que d’ailleurs Israël souhaite) qui empêche une vraie lutte contre le terrorisme international.

Les protagonistes doivent se poser la question de leur propre gouvernance. La démographie actuelle galopante (La population actuelle de Gaza et de Cisjordanie de 11 millions d’habitants devrait passer en 2020 à 20 millions d’habitants et en 2050 à 50 millions d’habitants) va poser des problèmes de pollution, d’occupation de l’espace et d’eau. Ces problèmes de gestion de la vie quotidienne vont obliger les protagonistes à trouver un accord.

Une solution transitoire serait un conflit froid qui ne dégénèrerait pas et dont la solution ne serait pas trouvée très vite.

Résolution du conflit par l’économique et la symbolique

Les israélites ont vécu la position de l’Europe durant la seconde guerre mondiale comme une trahison qui a laissé des traces profondes dans l’inconscient collectif, une sorte d’angoisse, de trahison. Ils pensent dans l’histoire avoir moins subi de persécutions de la part du monde arabo-musulman. Pour eux, ce conflit sera résolu par l’économique et la symbolique, le politique ne viendra qu’ensuite.

Il faut créer les conditions d’une économie palestinienne viable

Il faut passer de frontières imposées à des frontières négociées et créer les conditions d’une économie palestinienne viable qui doit se séparer de l’économie Israélienne, vingt fois plus prospère. L’avenir est dans l’exceptionnel capital humain palestinien qui est une force et une vraie richesse que l’on peut travailler et développer. Les Palestiniens l’ont compris. L'Union europénne aussi : elle devrait se montrer pragmatique et continuer à donner une aide humanitaire de 120 millions de USD par an à l’Autorité Palestinienne.
Maxence DAGHER

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