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I T E R

International Thermonuclear Experimental Reactor

 

L'énergie du futur

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Jean-Marc Ané, Colin Miege et Monique Beltrame. Deux projets : Iter et l'Union européenne. Un même but : la fusion !

Un public nombreux se pressait à la Fondation Ecureuil vendredi 10 octobre. Le colloque s’annonçait passionnant avec des intervenants d’exception. Monsieur Jean-Marc ANE, Physicien à la Direction de l’Institut de Recherche sur la Fusion par confinement magnétique au Commissariat à l’Energie Atomique à CADARACHE et Monsieur Colin MIEGE Directeur de la mission ITER auprès du Préfet de Région étaient les invités du Comité Européen Marseille.

L’Europe au cœur de la recherche mondiale
C’est la grande aventure du 21° siècle, le plus grand défi conçu par l’homme pour capter sur terre l’énergie des étoiles tant que la nôtre, le soleil, brillera soit 5 milliards d’années. L’objectif de ce projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) est donc de construire un réacteur expérimental qui permettra l’exploitation industrielle d’une énergie quasi inépuisable.

L’Europe, modèle de cohabitation pacifique entre les nations du vieux continent, est au cœur de ce projet scientifique à l’échelle planétaire. En effet, le programme d’ITER puise sa source dans les Traités de Rome, signés le 25 mars 1957, instituant en même temps la Communauté Economique Européenne (CEE) ou Marché Commun et l’Euratom ou Communauté Européenne de l’Energie Atomique.

Le prototype qui sert de modèle au Réacteur International Thermonucléaire Expérimental a été construit et expérimenté à Culham, Grande Bretagne C’est là que la recherche s’est développée sur la fusion. En 1983 la mise en exploitation TOKAMAK JET, réalisé dans le cadre de l’Euratom, fait de l’Europe un acteur incontournable. Le CEA à Cadarache qui a une part active et un rôle de premier plan dans les programmes de recherche du nucléaire civil, jouit d’une très large expérience et d’une renommée internationale avec ses 18 installations nucléaires de base et son large éventail de laboratoires de pointe dans de nombreux domaines tels la gestion des déchets nucléaires, l’énergie solaire, la recherche sur la protection de l’environnement ou les biotechnologies. Le site de Cadarache est proposé pour ce projet gigantesque.

Pourtant rien n’était acquis. Lorsque la décision de construire un réacteur en 2001 fut prise, on s’approchait de la guerre d’Irak. Les Etats-Unis mirent à l’index la France qui s’était opposée ouvertement à cette intervention militaire. Il s’agissait de l’isoler. Le pari fut presque réussi car il s’en suivit une cacophonie dans l’Union Européenne en cours d’élargissement, presque une scission entre la « vieille Europe et la nouvelle Europe » selon les termes de Donald Rumsfeld ! La candidature de la France n’avait rien d’assuré. On avançait Vandellos en Espagne. Mais le site de Rokkasho-Mura au Nord du Japon était, sous la pression américaine, sur le point d’être retenu.

Et pourtant, contre toute attente, lorsqu’il a fallu décider définitivement du choix d’un lieu pour ce projet fabuleux, les 25, réunis à Bruxelles, ont désigné à l’unanimité la Provence. L’Europe a réagi comme une entité politique soudée. A ce moment là, elle a pesé sur le plan mondial. L’UE a convaincu les Etats partenaires, la Russie, la Chine, l’Inde, la Corée du Sud qui ont, à leur tour, pu faire céder les USA.

Effectivement, sans la renommée scientifique de l’Union Européenne et sans son appui sans faille notre Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ne serait pas devenue le centre de la recherche mondial pour l’énergie du futur. Le 26 novembre 2006 à l’Elysée, la Chine, la Corée du sud, les États-Unis, l’Europe, l’Inde, le Japon et la Russie signaient un accord pour construire ITER à Cadarache.

 

La Fusion : l’énergie des étoiles pour la terre

M.J.M. ANE, physicien à l’Institut de Recherche sur la Fission Magnétique au CEA de Cadarache, a fait, à la fois passer, d’une façon très pédagogique les bases scientifiques sur lesquelles s’appuie ce projet titanesque et son enthousiasme pour ce dessein fabuleux qui consiste à inventer une énergie inépuisable et non polluante jusqu’à la fin des temps. Car pour le physicien cette recherche répond à une question existentielle : assurer la survie de l’humanité sur cette planète perdue dans l’infini du cosmos, probablement, miracle unique « dans l’océan de l’univers ».

« La fusion arrivera-t-elle à temps pour contribuer à la résolution de la crise énergétique et climatique qui se profile inexorablement ? »

Reproduire les réactions qui se passent dans les étoiles nécessite d’obtenir un plasma, c'est-à-dire un gaz ionisé à plus de 150 millions de degrés, contrôlé par des champs magnétiques intenses, donnant ainsi naissance aux réactions de fusion. On n’utilise pas la fission de l’uranium mais la fusion du deutérium et du tritium, isotope radioactif de l’hydrogène. Ces combustibles sont extraits de l’eau de mer et existent en quantité pour alimenter l’ensemble de la planète pendant des millions d’années.

Au point de vue sécurité, les gaz à effet de serre sont nuls. De plus aucune réaction en chaîne n’est à craindre. Ce qui compte pour réaliser une fusion, c’est la pression énorme du champ magnétique exercé sur le plasma. Dès qu’elle baisse aucun phénomène ne peut plus se produire. C’est ce qui explique la sécurité du système qui dépend uniquement de la pression du plasma. A toute déperdition de chaleur, la chaîne de réaction s’arrête.

En outre, il suffit d’infimes quantités de plasma. Ce qui est dangereux c’est le nombre et la quantité de matière chaude qui constitue un péril. La faible densité du plasma assure qu’il n’y a aucun risque de production de chaleur non maîtrisée. De plus si on arrête d’alimenter le moteur, le plasma se refroidit très vite et tout s’arrête en moins d’une minute. Ainsi pour chauffer un million de personnes 10 grammes de plasma suffisent par jour soit environ 350 kilogrammes de combustible par an ! A titre de comparaison trente grammes d’hélium et de lithium remplaceraient 400 tonnes de pétrole.

En outre, la radioactivité est infime. Contrairement à la très longue durée de vie des déchets radioactifs issus de la fission nucléaire, ceux provenant de la fusion ne sont plus dangereux au bout d’une centaine d’années et peuvent être recyclés. Ils ne sont pas plus nuisibles que les déchets d’une centrale à charbon. Le risque d’une fuite dans l’atmosphère est évalué à 3 grammes par an. C’est l’équivalent de deux paquets de cigarettes non pas par jour mais dans une vie humaine !

C’est un programme de toutes les espérances. Tout le monde doit se mobiliser pour son succès et en particulier notre Région.

Retombées économiques pour la Région

Monsieur Colin MIEGE Directeur de la Mission ITER, auprès du Préfet du Région, a fait l’honneur au Comité Européen de faire bénéficier les auditeurs de ses compétences. La mission ITER est de grande importance car il s’agit maintenant d’assurer sur le terrain les infrastructures et l’accueil d’équipes de scientifiques.

La construction du réacteur devrait durer 10 ans. La possibilité de construire des prototypes de réacteurs pour produire de l’électricité pourrait intervenir à la fin des années 20. Le coût et la fabrication des pièces seront supportées par l’ensemble des partenaires du projet. Mais l‘arrivée d'éléments gigantesques indispensables à son élaboration nécessite des infrastructures d’exception. De nombreux éléments arrivant par mer, la réalisation de l’itinéraire Fos-Cadarache entraine la construction de routes, d’autoroutes et de ponts pour permettre aux véhicules d’atteindre le site. La Région bénéficiera d’équipements qui sans ce projet, n’auraient jamais vu le jour.

Visiter le site ITER c’est ne voir qu’un immense chantier. Une forêt de chênes blancs a cédé la place sur 40 hectares à des machines gigantesques capables de charrier 37 tonnes de terre et de roche à chaque voyage pour aplanir et réaliser une plate forme longue de un kilomètre et large de 400 mètres. En 2013 un autre ballet de machines entrera en action pour creuser la roche sur 25 mètres et y nicher le réacteur géant, tandis qu’un bâtiment haut de 16 mètres le recouvrira.

Le centre du CEA de Cadarache, qui compte déjà 4300 personnes travaillant dans de nombreux laboratoires sur 900 hectares, fera de la Provence l’une des plates formes scientifiques des plus importantes sur le plan mondial. Une équipe internationale, composée d’environ 1000 scientifiques, viendra s’installer avec les familles.

Assurer l’installation de tous nécessite un plan d’équipement et des prévisions d’urbanisation. Un établissement foncier a été créé par la Région pour préserver les terrains et éviter une flambée es prix. La création d’écoles internationales est en cours de réalisation pour accueillir près d’un millier d’élèves, de la maternelle à la terminale. L’établissement scolaire international assurera un enseignement multilingue ; il devrait ouvrir ses portes à Manosque dès la rentrée prochaine en 2009. 50°/° des cours seront assurés en français, les autres dans la langue du pays d’origine. Les effectifs seront recrutés parmi les « enfants ITER » et les enfants des départements limitrophes dont les parents le souhaitent. Notre région déjà si prisée est appelée à devenir un creuset culturel international.

Facteur de développement pour l’emploi de première importance dans notre Région, ITER est avant tout un projet scientifique unique au monde qui rassemble des pays représentant plus de la moitié de la population du globe. Depuis 2006 la Suisse en qualité de membre de l’Euratom est venue se joindre au projet, ainsi que le Brésil à la demande du Portugal tandis que le Kazakhstan s’est porté candidat.

Cette entreprise fabuleuse a nécessité de nombreuses tractations pour assurer la participation de chacun dans l’entente. Selon le principe de « l’approche élargie », l’UE a conclu un accord avec le Japon afin d’accélérer les recherches notamment sur la finalisation de la conception d’une installation d’essai des matériaux de la « couverture » du réacteur, tandis que le centre administratif a été fixé à Vandellos en Espagne. M. Kamane Ikeda, ancien ambassadeur japonais, a été nommé Directeur général et assure la supervision des activités de l’entreprise commune.

La commercialisation pour la production d’électricité pourrait démarrer en 2016. ITER sera le premier projet intercontinental politique et scientifique à but industriel au service du progrès. Les guerres du pétrole, le changement climatique, provoqué par la combustion à outrance des énergies fossiles, condamnent l’humanité à réussir et à travailler ensemble dans l’intérêt commun dans le cadre d’une mondialisation au service de l’humanité.

 

Monique Beltrame
Présidente du Comité européen Marseille

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Au sommaire du n° 68 :

Page 56

Iter: l'énergie de fusion ou le nouveau miel de la Provence. L'Europe met la Provende au cœur de la recherche mondiale avec la construction d'un réacteur expérimental.
Par Monique BELTRAME
Présidente du Comité Européen Marseille

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