![]() |
![]() |
![]() |
||||||||||
UE 2008 |
||||||||||||
du 1er juillet au 31 décembre 2008 : Présidence française de l'Union européenne |
||||||||||||
Existe-il une littérature européenne ? |
||
![]() |
||
Nicole Bary |
||
De plus en plus, les langues transcendent les territoires, frontières mouvantes qui n’ont souvent rien à voir avec des limites géographiques ou historiques. Elles ne renvoient plus forcément à des nations. C’est sous cet angle que Nicole Bary a étayé son propos. Traductrice germaniste, fondatrice de l’Association du Roi des Aulnes, elle est avant tout éprise de littérature et elle met sa passion au service des auteurs européens actuels pour les traduire et les faire publier. Elle a joué un grand rôle pour sortir des œuvres interdites du bloc communiste et faire connaître des auteurs comme Christa Wolf. On se souvient des propos fameux du Général de Gaulle lors de sa conférence de presse du 15 mai 1962 : « Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient respectivement et éminemment Italien, Allemand et Français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit, en quelque espéranto ou volapük intégré. » Imaginer un espéranto qui intègrerait toutes les langues européennes est impensable. La littérature est liée à une langue vivante et traduit les émotions et l’histoire que traverse un siècle. L’instrument de base est la langue ou plutôt les langues de cette mosaïque de culture. Les écrivains de l’Europe centrale sont naturellement les plus nombreux à illustrer cette thèse. Dans l’empire des Habsbourg ils circulaient librement à travers cet ensemble constitué d’une multitude de peuples. La catastrophe des guerres va en faire des exilés transportant avec eux leur langue pour tout bagage. La situation de bilinguisme caractérise un grand nombre d’écrivains du 20° siècle et la tendance s’accentue au 21° siècle. Paul Celan dont l’œuvre poétique ne s’écrit qu’en allemand pour exprimer sa douleur dans « la langue des meurtriers, mais langue maternelle », « Mutter Sprache, Mörder Sprache ». Par contre, d’une façon plus apaisée, c’est en français qu’il rédige ses critiques littéraires. Eugène Ionesco, écrivain français d’origine roumaine, a pu échapper à l’atmosphère étouffante d’une Roumanie nationaliste grâce à son attachement à la France et à la littérature. Canetti appartiennent à la génération de la mobilité liée le plus souvent à l’exil. Claudio Magris écrira « je suis chez moi dans l’entre deux. » L’écrivain devient alors un passeur de culture. Il entrouvre une fenêtre sur un autre imaginaire et glisse les subtilités de sa langue, les métaphores de sa culture qui affleurent alors dans un style renouvelé. La littérature transcende les nations et les continents. Vladimir Nabokov, écrit dans son errance à travers l’Europe jusqu’en Amérique aussi bien en russe qu’en anglais. L’ingéniosité de son style crée un espace nouveau, une perception inédite entre la Russie de sa naissance et les Etats Unis d’Amérique. En reprenant la déclaration du fameux lexicologue Alain Rey : sans l’apport des étrangers, des immigrés et des traducteurs « toute langue nationale se fige, se nombrilise et tombe en léthargie ». L’oratrice souligne la difficulté de la France attachée à la rectitude du langage et sa réticence à faire rentrer dans le lexique les expressions imagées du créole ou les termes anciens réactualisés du Canadien. Ce n’est pas le cas de l’Allemagne où les écrivains d’origine turque de la 2° génération s’ intègrent plus naturellement dans le paysage littéraire. Les langues sont les dernières frontières que nous connaîtrons en Europe. La déconnexion de la langue du territoire national, comme il en va du français dans la francophonie, montre la tendance d’une évolution vers une certaine exterritorialité des écritures. Monique Beltrame |
||
![]() |
![]() |
|||||
![]() |
||||||