Tempête autour d'un traité
Etrangement actuel ce Traité de l'Elysée, signé il y a 40 ans entre deux figures emblématiques de la politique le Chancelier Adenauer et le Général de Gaulle.
Etrangement actuel ce traité qui, en 1963 aussi, n'avait pas été bien accueilli sur la scène internationale. Il contribua pourtant à compléter au niveau des relations humaines luvre de paix engagée par Robert Schuman entre les Etats.
Etrangement actuel ce Traité visait à définir une coopération en matière de politique étrangère et à mettre en uvre une politique de défense. De Gaulle venait d'opposer son veto à l'adhésion de la Grande Bretagne, soucieux de garantir une certaine indépendance face aux USA.
Etrangement actuel ce Traité dont la célébration et les engagements nouveaux ont suscité la vindicte de certains partenaires. Une lettre d'allégeance aux Etats-Unis fut signée par huit pays* de la grande Europe en guise de vux d' anniversaire. A l'heure où les conventionnels élaborent en toute indépendance un traité constitutif pour faire fonctionner la grande Europe, la guerre en Irak a fourni le prétexte qui met au grand jour la crise identitaire de l'Europe. Ce qu'il en ressort c'est l'incompréhension du projet européen qui est par là même menacé.
La seule maladresse diplomatique au cours de cette célébration très médiatisée fut de n'avoir pas invité les pays partenaires pour leur en rappeler le sens et la portée. La politique d'unification européenne est née d'une réconciliation qui paraissait impossible entre deux ennemis au lendemain d'une guerre atroce. Ce miracle a eu lieu parce que des hommes de foi ont voulu un 9 mai 1950 imaginer une nouvelle politique internationale basée sur la volonté de bâtir l'avenir ensemble dans un sentiment de respect mutuel quelque douloureux que put être le passé.
Contresens historique
Ce que certains partenaires ont cru voir dans cette célébration c'est l'affirmation d'un leadership franco-germanique. Ils ont fait un contresens historique d'autant plus redoutable qu'ils ont peut-être réussi à faire éclater ce que Robert Schuman avait miraculeusement réussi en tendant une main secourable et amicale à une Allemagne vaincue et occupée pour construire ensemble un monde meilleur.
L'Union Européenne n'est pas un club d'affaires. Elle est une communauté de destin qui réclame de ses partenaires la création du futur . La volonté affichée de Londres de ne voir en l'Europe qu'une somme de profits immédiats est contraire au concept d'intérêt général qui gère la vie communautaire depuis sa conception. La Grande-Bretagne accrochée à son passé prestigieux mais révolu, a fait des émules. M. Marie-José Asnard, grisé par la prospérité spectaculaire de l'économie de l'Espagne et le regain consécutif de l'influence culturelle espagnole après des siècles de récession, caresse l'espoir de devenir le premier président de l'Union Européenne. A-t-il compris que c' est à la solidarité communautaire que l'Espagne doit d'être sortie de la misère du franquisme et non à un calcul d'intérêt ?
L'Europe s'agrandit sans cesse
L'Union Européenne n'est pas une puissance impérialiste. Elle s'agrandit sans cesse parce que des peuples frappent à sa porte. Fidèle à sa vocation, elle s'est immédiatement engagée à aider les PECO(*2) à reconstruire leur économie délabrée et mettre en place des Etats de droit évitant une balkanisation de l'Europe centrale, leur offrant, à leur demande, un avenir politique. Face à cette nouvelle liberté, ces pays qui n'ont jamais réellement connu de souveraineté nationale, n'ont rien tiré des leçons de l'histoire. Insensibles à la valeur symbolique de la réconciliation franco-allemande, ils ambitionnent de réduire l'Europe à un grand Marché unique s'imaginant ainsi s'enrichir et jouer un rôle international.
Dans cette perspective, les Etats du vieux continent non fédérés, à la diplomatie dérisoire, se noieront dans la concurrence du chacun pour soi au profit de quelque superpuissance. La République athénienne du siècle de Périclès ne brilla qu'un demi-siècle laissant derrière elle un beau rêve de démocratie, ressuscité 2400 ans après." Un ver de terre "(*3) avez-vous dit ? Oui " Un ver de terre amoureux d'une étoile. "(*4) L'Etoile allumée par Robert Schuman.
Monique BELTRAME - Présidente du Comité Européen Marseille
*1 Les huit pays sont en réalité neuf. A l'Espagne, la Grande-Bretagne, le Portugal, l'Italie, le Danemark, la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie, il faut ajouter la Slovaquie.
*2 Pays de l'Europe centrale et Orientale
*3 invective du journal populiste britannique à l'adresse du Président Chirac
*4 Victor Hugo -Ruy Blas